"En politique, l'amour du prochain n'est pas vide de sens"

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Le Conseiller fédéral Didier Burkhalter dans un camp de réfugiés en Jordanie © DR

"En politique, l'amour du prochain n'est pas vide de sens"

2 octobre 2017
Directeur du Département fédéral des affaires étrangères, le Conseiller fédéral Didier Burkhalter souligne l’importance de la Réforme pour la société et la politique.

Est-ce un hasard si la figurine de Martin Luther est la plus vendue que l’entreprise Playmobil ait jamais commercialisée? Certes, tout le monde connaît le Réformateur et ses 95 thèses avec lesquelles, il y a 500 ans, il a donné de nouvelles perspectives pour définir les bases de la «liberté individuelle du chrétien». 

Mais la Réforme n’est pas qu’un souvenir : les questions de fonds soulevées alors par Luther n’ont pas perdu de leur pertinence. La liberté et la responsabilité restent aujourd’hui des notions fondamentales, tout comme la formation pour tous, un domaine pour lequel la Réforme s’est fortement mobilisée.  

La tolérance et le pluralisme appartiennent également aux héritages de la Réforme, même s’ils sont plus indirects: ils sont une conséquence du schisme avec l’Eglise catholique qui a engendré divisions politiques et guerres. Pourtant, avec le temps, il est devenu clair que d’autres croyances devaient être acceptées et que différentes confessions pouvaient cohabiter les unes à côté des autres. 

Liberté, responsabilité, tolérance, pluralisme. En Suisse, nous essayons de concrétiser ces valeurs dans notre culture politique et dans la politique étrangère, nous nous distinguons même par cela. 

Pour moi, la liberté fait partie, tout comme la dignité et la responsabilité, des valeurs théologiques fondamentales.
Didier Burkhalter, Conseiller fédéral

Les théologiens Zwingli, Bullinger et Calvin, qui agissaient dans la Confédération helvétique telle qu’elle était à l’époque, ont développé leur propre approche. Hormis la notion de liberté individuelle, ils ont souligné l’importance de la communauté. Tout comme Luther, ils partageaient la conviction que ce ne sont pas des actions spécifiques qui constituent la relation des êtres humains à Dieu. Cette relation leur est offerte par Dieu et les rend libres de mener leur vie en relation avec lui.

Pour moi, la liberté fait partie, tout comme la dignité et la responsabilité, des valeurs théologiques fondamentales. Cela a pour conséquence «d’être là» pour les autres, «d’aimer son prochain». C’est dans cet esprit que la Constitution fédérale, outre la neutralité et le bien-être de notre pays, favorise la lutte contre la misère et la pauvreté dans le monde, le respect des droits de l’homme, la promotion de la démocratie, la coexistence pacifique entre les peuples et la sauvegarde des moyens de subsistance naturels.

Lorsque la Suisse soutient des écoles dans des camps de réfugiés en Jordanie et au Liban, elle permet à de jeunes personnes d’avoir des perspectives d’avenir. En Ukraine de l’Ouest, des convois d’aide de la Suisse apportent à la population en plein conflit des produits chimiques destinés au traitement de l’eau potable. Ces exemples, tout comme le large engagement de la Suisse dans la résolution de conflits ou la défense des droits de l’homme, démontrent que la liberté de chacun et la prise en charge des autres sont importantes. En résumé: «l’amour du prochain» n’est pas une notion vide de sens, également en politique étrangère. 

Il est juste et important que la liberté de chaque personne ait une grande signification en Suisse. Nous pouvons en être fiers, et devons veiller à ce que cela reste ainsi. Le dialogue et le consensus sont des éléments nécessaires pour prendre des décisions communes qui serviront l’intérêt général actuel et les générations futures. Les Eglises et les communautés religieuses de Suisse ont un rôle important à jouer dans ce domaine: elles doivent transmettre de manière cohérente des valeurs telles que le respect, la tolérance et le pluralisme. Ces valeurs rendent possible la bonne cohabitation dans une société.