Nous est-il demandé de nous sacrifier?

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Nous est-il demandé de nous sacrifier?

Engagement
Faut-il déduire du «sacrifice» de Jésus-Christ que nous devons, nous aussi, nous sacrifier? Certains textes bibliques le donnent à penser. Pourtant, il ne s’agit jamais d’un sacrifice oppressant, qui nous prive de vivre, mais d’une attitude à la fois libre et responsable.

Le philosophe danois Kierkegaard disait que, dans le Danemark de son époque, au XIXème siècle, il était devenu aussi facile d’être chrétien que d’enfiler chaque matin ses chaussettes. Il voulait ainsi mettre en évidence le danger que l’appropriation du salut proclamé en Jésus-Christ conduise à une sorte de contentement replet. Pour lutter contre cette attitude auto-satisfaite, il disait qu’on n’était jamais chrétien, mais qu’on devait constamment le devenir.

Une grâce à bon marché

Quelque cent ans plus tard, dans un livre consacré au Sermon sur la montagne (traduit en français sous le titre Le prix de la grâce), le théologien allemand Bonhoeffer soulignait de manière comparable le danger que la grâce reçue soit une «grâce à bon marché», accueillie passivement, sans que cela se traduise dans des engagements concrets. Ainsi, au fil du Sermon sur la montagne de l’Evangile de Matthieu, il s’attachait à faire ressortir ce qu’il en coûte dans la vie de croire, d’aimer et d’espérer. C’est peut-être bien ce «prix de la grâce» que traduit l’appel de l’apôtre Paul à vivre au quotidien «en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu» (Rom 12,1).

L’indicatif et l’impératif

Les exégètes ont mis en évidence une structure de pensée qui se retrouve dans de nombreux textes bibliques et qu’ils ont appelée «la tension de l’indicatif et de l’impératif». Par exemple, dans Galates 5,1: «C’est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage.»

Ainsi, si la mort de Jésus-Christ est don de soi (indicatif), ce don nous appelle à nous donner nous-mêmes (impératif). Et la grâce devient alors une «grâce coûteuse», parce qu’elle se traduit dans une attitude de vie assumée de manière libre et responsable, chaque jour à nouveau.

Un avertissement

L’histoire de l’humanité connaît son lot de sacrifiés: chair à canon, esclaves, enfants astreints au travail, femmes violées, pauvres abandonnés à eux-mêmes, etc. Les théologiens de la libération et les théologiennes féministes nous lancent un avertissement: à trop mettre en avant le sacrifice qu’aurait accompli Jésus-Christ, ne risquons-nous pas de «normaliser» le sacrifice et donc de favoriser le mécanisme ancestral du sacrifice des petits? Il ne faut pas oublier, disent-ils, la critique sociale contenue dans le don de soi du Christ, qui appelle à prendre soin des plus faibles: «Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits, car, je vous le dis, aux cieux leurs anges se tiennent sans cesse en présence de mon Père qui est dans les cieux» (Matt 18,10).