Jésus-Christ s’est-il sacrifié pour nous?

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© Istock / Scott Jantzen

Jésus-Christ s’est-il sacrifié pour nous?

Dessaisissement
«Jésus est mort pour nous» ou «Jésus est mort pour nos péchés»: de telles phrases font partie du langage traditionnel des Eglises. Mais ont-elles encore un sens aujourd’hui? Pierre Bühler nous propose de comprendre le sacrifice de Jésus-Christ comme le don de sa vie, par amour pour les humains.

Dans les hymnes, les prières et les confessions de foi des Eglises, le langage s’est figé. Ainsi, la tradition nous a légué des formules de foi qui n’ont plus de sens. C’est le cas de la notion de sacrifice: elle pose problème parce que nous ne connaissons plus les rites sacrificiels dont elle s’était inspirée à l’origine. La plupart du temps, l’usage du terme est superficiel et ironique: on dira par exemple qu’on se sacrifie pour finir un plat !

Pour comprendre en quel sens la mort de Jésus-Christ est un sacrifice, il nous faut chercher le sens actuel de cette notion. Dans le Nouveau Testament, et notamment dans les textes de l'apôtre Paul, ce langage sacrificiel est un langage parmi d’autres.

Une histoire de sang

S’inspirant du livre du Lévitique, l’épître aux Hébreux affirme (9,22): «Sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon». Il en résulte des images sanguinolentes du crucifié: il fallait qu’il verse son sang innocent pour nous sauver. Nous devons prendre de la distance avec cette espèce de "magie" du sang qui expie le mal. Dans la pensée hébraïque, le sang est un principe de vie. Lorsque le sang d’un animal est répandu sur l’autel, c’est pour symboliser qu’en rétablissant la relation entre Dieu et son peuple, on réaffirme la vie contre la mort.

Une vie donnée

Le sacrifice de Jésus-Christ peut donc être compris comme le don de sa vie. C’est ce qui s’exprime dans l’évangile de Jean, quand Jésus affirme: «Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime» (Jean 15,13). Les êtres humains ont tendance à s’affirmer, à faire leur vie, à l’assurer et à en être les maîtres incontestés. Une attitude que l’on pourrait justement caractériser comme celle du péché. Et voilà qu’arrive quelqu’un qui se dessaisit de sa vie jusqu’à mourir au gibet de potence, parmi les criminels. Cet événement ouvre une nouvelle manière de vivre sa vie: non plus comme maîtrise et affirmation de soi, mais sous le signe du dessaisissement, du don de soi.

Différents langages bibliques

Paul, fin connaisseur de sa tradition juive, utilise l’idée du sacrifice qui pardonne les fautes pour proclamer la mort du Christ (par exemple Rom 3,25). Mais il emploie aussi d'autres expressions. Ailleurs, il se réfère à la pratique antique consistant à racheter avec de l’argent la liberté d’un esclave. Dans ce sens, le Christ a payé le prix de notre rachat en mourant, afin que nous ne soyons plus esclaves (par exemple 1 Cor 7,23). Ailleurs encore, Paul utilise le langage du baptême: par le baptême, nous avons été crucifiés avec le Christ, pour ressusciter avec lui en une vie nouvelle (Rom 6,3-5). Dans 1 Corinthien 1,18-25, le Christ crucifié est proclamé comme une folie par laquelle Dieu a confondu la sagesse des hommes.