A la découverte des lieux sacrés lausannois

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© CC Alessio Maffeis

A la découverte des lieux sacrés lausannois

Architecture
Réalisé par des étudiants de master en histoire de l’art, l’ouvrage collectif Lausanne – les lieux du sacré fait le portrait de trente lieux de cultes lausannois. Entre articles historiques et itinéraires dans la ville, rencontre avec le professeur Dave Lüthi, investigateur du projet.

Publié début décembre 2016, l'ouvrage collectif Lausanne - les lieux du sacré présente 30 édifices religieux de la cité vaudoise du XIXe au XXe siècle. Réalisé par des étudiants de master en histoire de l’art sous la direction du professeur Dave Lüthi, ce guide grand public se destine autant aux habitants de la région qui souhaitent redécouvrir le patrimoine qu’aux touristes qui visitent la ville. Après les écoles, les parcs et les jardins publics, la collection Architecture de poche passe à la loupe les lieux de culte. Rencontre avec le professeur Dave Lüthi, à l’origine de ces travaux.

Quel est l’enjeu de cet ouvrage?

Les églises sont des marqueurs historiques et culturels fondamentaux, mais ce sont aussi un patrimoine menacé. Le parc immobilier est devenu trop grand pour les fidèles, en particulier pour les protestants qui ont le plus de bâtiments religieux en ville alors que c’est la confession qui a perdu le plus de membres depuis un demi-siècle. Certains seront appelés à être transformés ou à disparaître, il y a une réelle question de savoir ce qu’on va faire avec ces édifices. Dans cet ouvrage, il s’agit de faire le bilan, d’avoir une vue d’ensemble documentée qui permettra de dire qu’est-ce qu’on garde et pourquoi, afin de faire des choix conscients.

Conçu en deux parties, ce livre propose une série d’articles historiques, puis six itinéraires géographiques, pourquoi ce choix?

L’idée consiste à se balader en ville en découvrant les bâtiments grâce aux itinéraires proposés. La place de chaque édifice s’explique en fonction du quartier dans lequel il se trouve. Un quartier chic aura une jolie chapelle, un quartier de HLM aura une église en béton des années 1960. La disposition des églises est complètement logique et cohérente. Les monuments se comprennent en visitant les quartiers. Nous avions aussi le souci de faire redécouvrir la ville par des itinéraires où la plupart des personnes ne passent jamais.

Dans l’ouvrage, vous soutenez que la plupart des lieux de cultes sont caractérisés par leur discrétion, comment l’expliquez-vous?

Plusieurs raisons expliquent cette discrétion. Tout d’abord la topographie de Lausanne, ce n’est pas une ville où l’urbanisme crée de grands axes comme dans les villes plates. Une raison historique plus convaincante, c’est le rapport compliqué entre l’Etat et l’Eglise, notamment au niveau protestant où l’Eglise nationale est un peu soumise. Au XIXe siècle, l’Etat utilise les pasteurs de l’Eglise nationale pour faire passer des messages politiques. Parallèlement, la création de l’Eglise libre a créé un véritable trauma. Les édifices religieux sont peu à peu considérés comme des bâtiments avant tout fonctionnels qu’on met un peu de côté, il y a une certaine méfiance.

La montée de l’œcuménisme dans la deuxième moitié du XXe siècle a-t-il eu une influence sur l’architecture des lieux de culte lausannois?

Un renouveau se produit dans les années 1960-1970. On passe d’une architecture très communautaire, où les catholiques conserve l’autel dans l’axe de la nef alors que les protestants y mettent eux la chaire à des constructions où les choses se métissent un peu. Avant, les architectes étaient souvent des fidèles investis dans leur propre confession, mais les concours d’architecture plus fréquents changent la donne. De plus, les conseils de paroisse sont composés des personnes à l’esprit plus ouvert, sensibles à l’œcuménisme et au rapprochement communautaire. Parallèlement, l’immigration amène de plus en plus de catholiques qui sont mieux connus et intégrés.

Quelles ont été les découvertes qui vous ont le plus surpris lors des recherches effectuées pour cet ouvrage?

Je crois que ce sont les églises construites dans les années 1960 à 1970, comme Saint-Jacques, Saint-Matthieu ou Sévelin. Prises individuellement, elles semblent un peu quelconques, mais nous nous sommes rendu compte que c’était de vrais monuments, avec une architecture intéressante. On sent des essais sur la lumière, la couleur, les matériaux, une certaine liberté qui correspond à une période d’ouverture des esprits.
Ces bâtiments ont connu beaucoup de résistance et c’est encore le cas actuellement. Personnellement, j’adore le temple de Sévelin, c’est quasiment un lieu zen, il y a une lumière magnifique, on voit les arbres en filigrane à travers les fenêtres. Derrière l’architecture, il y a toute une réflexion sur les personnes qui vont s’y rendre, la place donnée à l’église ainsi qu’au quartier.

encadré- Référence de l'ouvrage

Lausanne – les lieux du sacré, un ouvrage collectif réalisé sous la direction de Dave Lüthi. Berne: SHAS Société d’histoire de l’art en Suisse, 2016. 256 pages. En vente chez Payot.

Un quatrième volume, dans la collection Architecture de poche, est prévu sur les bâtiments commerciaux et les banques lausannoises.