Facebook pourrait-il remplacer les Eglises?

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© Flickr CC BY-NC 2.0 / Nial Kennedy

Facebook pourrait-il remplacer les Eglises?

14 août 2017
Andrea Syverson, chroniqueur pour l’agence de presse américaine «Religious news service» s’interroge sur ce que les chrétiens recherchent vraiment.

Lors d'un rassemblement pour les utilisateurs de Facebook le mois dernier, Mark Zuckerberg a exposé ses rêves pour l'avenir de son réseau social. Comme le site internet a atteint deux milliards de membres, son créateur s’intéresse à la prochaine étape: la construction de communautés en ligne. Dans l'esprit de l’informaticien, les jours des institutions comme «les églises et les petites ligues» sont à bout de souffle. En utilisant le nouveau logiciel d'intelligence artificielle de Facebook, le géant des réseaux sociaux pourrait réunir ses utilisateurs en groupes en communautés d'intérêt.

Si Mark Zuckerberg n'est pas très au clair sur les buts que poursuit une communauté ecclésiastique, il a certainement raison sur un point: les chrétiens quittent en masse leurs églises traditionnelles, de brique et de mortier. Les études montrent qu'il y a aujourd'hui 30 millions de «dones», terme anglophone désignant des croyants distanciés les institutions religieuses, aux Etats-Unis. Ils lisent la Bible, écoutent les cultes en podcasts et connaissent par coeur les chansons de culture biblique. Ils parlent beaucoup de Jésus dans les cafés ou pendant l’«happy hour». Mais ils ne fréquentent plus les églises.

Des fidèles négligés

Au lieu de chercher à comprendre pourquoi leurs églises se vident, la plupart des responsables d'institutions ecclésiastique ou de paroisses continuent à mener leurs petites affaires comme d'habitude, en espérant que les fidèles disparus finissent par reprendre leurs esprits et reviennent.

Le problème, c'est que les «dones» ne reviennent pas. Au contraire, leur nombre ne fait qu’augmenter. Ils seraient environ sept millions aux Etats-Unis. Si les Eglises ne comprennent pas comment créer la communauté qu'ils recherchent, d'autres institutions - à l'instar de Facebook -  le feront à leur place. Certes, ne recherchent pas sur les réseaux sociaux à recréer une communauté. Nous accordons plus d’importance aux discussions en tête à tête avec nos amis. Des conversations réelles et individuelles qui prennent du temps et ne comportent pas d’ordinateurs ou de photos.

Dans son roman «Open house» (Maison ouverte), Elizabeth Berg demande: «Pourquoi n'y a-t-il pas un centre communautaire pour les personnes qui ont besoin de quelque chose? Si les gens pouvaient y parler librement, ce centre serait toujours rempli. Il pourrait y avoir des chaises pliables disposées en groupes et les gens assis là-bas diraient: «Je ne sais pas, je voulais juste venir ici un petit moment». C'est précisément ce que les «dones» recherchent. Ils veulent une Eglise qui ne ressemble pas vraiment à une église. Ils cherchent un endroit où ils n'ont pas besoin de mettre leurs habits du dimanche et où ils peuvent poser des questions.

Un besoin de profondeur

Ils souhaitent certainement trouver un endroit où ils peuvent parler des choses difficiles, à haute voix, avec d'autres. Nouer des relations profondes, spirituelles et stables. Ils ne veulent pas rester dans leur coin ou avoir des contacts superficiels. Mark Zuckerberg a raison: nous nous tournons vers les bars, les librairies ou Facebook pour le trouver. Est-ce que cela pourrait être la nouvelle Réforme? L'évêque anglican Mark Dyer a expliqué que tous les 400 ans l'Eglise chrétienne subissait une transformation majeure, dirigée par des laïcs. Nos 400 ans sont passés et les laïcs quittent nos congrégations.

Il y a quelque temps, l'objectif principal de nombreux responsables religieux était de faire passer leurs églises au «prochain niveau» ("go to the next level" en anglais, ndlr). Dans leur esprit, pour réussir réellement, ils avaient besoin d'installations et d'infrastructures plus importantes, de plus d'activités et de programmes. EN Bref il fallait augmenter le parking pour les voitures devant l'église. Tout devait être lisse et bien réalisé. Malheureusement, pour atteindre davantage de personnes, nous avons transformé la communauté chrétienne en un «country club» chrétien.

De nos jours, l'authenticité est l'une des valeurs les plus précieuses et nos églises ne fonctionnent plus. Nous avons perdu la trace de Jésus. Il est temps de faire un vide-grenier à l’échelle des Eglises. Les responsables doivent rassembler les affaires, les procédures et les attitudes qui ne fonctionnent plus et les jeter. Jeter le fatras qui nous retient en arrière. Débarrassons-nous de ce surplus et  misons sur ce qui compte le plus: Jésus et les relations humaines.

Mark Zuckerberg a peut-être mis le doigt sur quelque chose que peu de leaders chrétiens ont perçu. Il y a un vide énorme parmi les croyants et un désir désespéré de communauté. Allons-nous avancer et construire des communautés qui répondent à leurs besoins, ou allons-nous laisser Facebook remplir ce vide pour nous?