LafargeHolcim accusé d’avoir abandonné les anciens enfants mineurs

Juillet 2014, des enfants et des adolescents travaillent dans une mine de la région de Harungongo, dans le sud-ouest de l'Ouganda, dénoncent Twerwaneho Listeners‘ Club partenaire local de PPP. ©TLC
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Des enfants à la mine
Juillet 2014, des enfants et des adolescents travaillent dans une mine de la région de Harungongo, dans le sud-ouest de l'Ouganda, dénoncent Twerwaneho Listeners‘ Club partenaire local de PPP. ©TLC

LafargeHolcim accusé d’avoir abandonné les anciens enfants mineurs

Alors que LafargeHolcim et ses fournisseurs ont été épinglés en 2016 pour du travail d’enfants, ils n’ont toujours rien fait pour indemniser les victimes, selon Pain pour le prochain et Action de Carême. Les deux ONG appellent le groupe cimentier à prendre ses responsabilités.

«LafargeHolcim et ses fournisseurs n’ont toujours rien fait pour dédommager les enfants», explique Daniel Tillmans responsable communication à Pain pour le prochain (PPP). En 2016, éclatait le scandale selon lequel, Hima Cement, filiale du groupe cimentier bénéficiait du travail d’environ 150 mineurs. Au mois de novembre de la même année, PPP et son partenaire local Twerwaneho Listeners Club ont mené, sur place en Ouganda, une enquête pendant six mois. Les recherches comprenant une cinquantaine d’entretiens dénonçaient l’ampleur des griefs envers les jeunes qui travaillaient dans une exploitation minière de pouzzolane, un matériau utilisé dans la production de ciment. À la suite de ce scandale, le groupe franco-suisse a décidé de n’acheter de la matière première qu’auprès de carrières mécanisées.

En 2017, les ONG ont alors demandé au groupe de dédommager les enfants et les jeunes qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans revenus. Les compensations réclamées consistaient essentiellement en des formations professionnelles ou des possibilités de soutien scolaire. «En janvier 2018, nous avons refait des interviews filmés auprès des mêmes jeunes. Ils nous ont affirmé n’avoir bénéficié d’aucune aide», constate Yvan Maillard, spécialiste du dossier à PPP. «LafargeHolcim et ses fournisseurs continuent de fuir leurs responsabilités, même s’ils devraient apporter des réparations conformément aux principes directeurs de l’ONU pour les entreprises et les droits de l’homme (UNGP)», dénoncent PPP et Action de Carême dans un communiqué.

LafargeHolcim nie les accusations

Contacté par Protestinfo, le groupe LafargeHolcim affirme «ne pas tolérer le travail des enfants» et souligne «qu’une enquête approfondie a été menée en Ouganda en avril 2016 par des auditeurs indépendants et qualifiés. Ils n’ont trouvé aucune preuve matérielle indiquant que Hima Cement ou ses fournisseurs auraient fait travailler ou été au courant de travail d’enfants dans la chaîne d’approvisionnement». Pourtant, le groupe refuse de rendre cette enquête publique, souligne PPP.

Selon le porte-parole du groupe cimentier, différentes mesures ont été prises pour venir en aide à la population locale: «À ce jour, plus de 50 foyers participent à un programme sur les moyens de subsistance durables, grâce auquel ils bénéficient notamment de formations et d’outils agricoles. 300 foyers supplémentaires ont bénéficié d’un programme relatif à l’épargne et au crédit communautaires au cours duquel ils ont reçu une formation et des outils pédagogiques. Nous avons également construit deux installations sanitaires pour les enfants de l’école primaire de Harugongo qui compte plus de 1000 élèves».

Alors que l’Assemblée générale de LafargeHolcim se tient aujourd’hui à Dübendorf et qu’il a d’ores et déjà annoncé un chiffre d’affaires en progrès de 3,1% sur un an à 5,83 milliards de francs, les ONG PPP et Action de Carême appellent le groupe cimentier à reconnaître ses responsabilités et à dédommager les victimes.

Bonus

Yvan Maillard-Ardenti, chargé de programmes à "Pain pour le prochain", est lʹinvité de Gabrielle Desarzens dans l'émission Hautes Fréquences.