Les droits des ouvriers, la question qui reste sensible pour les fabricants d’électronique

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Les droits des ouvriers, la question qui reste sensible pour les fabricants d’électronique

22 novembre 2017
Pour son troisième audit des géants de l’informatique et des smartphones, Pain pour le prochain constate une amélioration sensible sur les questions environnementales, mais un manque d’engagement en ce qui concerne le respect du droit du travail.

Certains élèves moyens ont fait de beaux progrès, les bons élèves ont peu progressé, et les cancres n’ont fait aucun effort. C’est ce qui ressort à la lecture du dernier bulletin de notes des entreprises de l’électronique dévoilé mardi 21 novembre par Pain pour le prochain et son partenaire local SACOM. A l’occasion de cette publication, l’organisation caritative et son partenaire Action de carême lancent une pétition demandant que les universités, grosses consommatrices de produits électroniques ne se fournissent qu’auprès des bons élèves. Apple et HP restent les mieux notés alors qu’en queue de classement figurent HTC et Huawei.

Depuis le dernier classement, en 2014, des progrès ont été constatés sur la question des minerais du conflit. Cette appellation désigne toute une série de minéraux dont les fabricants d’électroniques sont friands (coltan, cobalt, tungstène, etc.) dont une partie de l’extraction se fait au travers de mines clandestines finançant des groupes armés, notamment en Afrique centrale. «Ceci s’explique avant tout par la loi Dodd Franck, adoptée par les Etats-Unis en 2010, qui exige que les sociétés cotées en bourse fassent preuve de transparence quant à l’origine des matières premières provenant de zones de conflits, comme la République démocratique du Congo. L’Europe s’est dotée d’une législation similaire en 2016», écrit Pain pour le prochain qui commente que cela démontre «une fois encore qu’en matière de responsabilité sociale d’entreprise, les multinationales ne progressent que lorsque la règlementation les y oblige.»

En ce qui concerne les questions environnementales, le rapport des ONG note un effort important réalisé sur la question des gaz à effet de serre, mais un «manque d’engagement sur le long terme» en ce qui concerne l’utilisation de substances nocives.

Le véritable point noir reste les conditions de travail des ouvriers fabricants les bijoux électroniques qui figurent parmi les produits de consommation les plus rentables. Heures supplémentaires non payées, salaire ne permettant pas de vivre, les droits des travailleurs sont souvent bafoués. «Ce qui est problématique, c’est que les grandes marques rejettent la faute de ces situations abusives sur leurs fournisseurs alors même que ce sont elles qui leur dictent les prix et les délais de livraison», dénoncent Pain pour le prochain et Action de carême.

Contacté par Protestinfo, Apple ne commente pas les résultats de cette enquête, mais rappelle ses engagements pour l’amélioration de ses fournisseurs, la formation des travailleurs, la protection de l’environnement et l’utilisation de ressources socialement responsables. Le rapport note des progrès en termes environnementaux et d’usage de minerais du conflit, mais note une stagnation voire un recul en ce qui concerne les droits des travailleurs.

HTC par contre rejette le rapport en bloc! «Nous ne croyons pas que ce rapport reflète fidèlement la situation chez HTC. Nous prenons très au sérieux nos responsabilités envers l’environnement et notre personnel. De la conception et de la fabrication aux matériaux d’approvisionnement, nous suivons toutes les lois et normes internationales applicables et prenons des mesures proactives pour conserver l’énergie, augmenter la recyclabilité et utiliser des matériaux respectueux de l’environnement», déclare le chargé de communication pour la Suisse de la marque. Le rapport épingle la marque qui n’a fait «aucun progrès notable dans le domaine environnemental». Aucune évolution non plus en ce qui concerne le droit du travail. Et sur la question des minerais du conflit, la politique de l’entreprise «reste minimale.»

L’analyse de Pain pour le prochain et de SACOM s’appuie sur les rapports de responsabilité sociale d’entreprise, un document annuel exigé par certaines législations. Les entreprises auditées ont ensuite eu la possibilité de réagir et de compléter l’étude.

Pour aller plus loin

«Le public visé, ce sont bien-sûr les marques mais aussi les consommateurs qui doivent comprendre que demander des produits toujours plus vite et meilleurs marché encourage les entreprises à employer des travailleurs déjà précarisés», lance Gabrielle Desarzens dans sa chronique RTS religion du 21 novembre 2017 :