Les détaillants suisses ne sont pas prêts à renoncer à l’huile de palme

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© Istock / Vaara

Les détaillants suisses ne sont pas prêts à renoncer à l’huile de palme

6 septembre 2017
Polyvalente et bon marché, l’huile de palme a tout pour plaire à l’industrie alimentaire. Aujourd’hui, un produit sur six vendu dans les supermarchés suisses en contient. Alors que les organisations humanitaires constatent l’échec de la certification garantissant une huile de palme durable et lancent une pétition pour demander aux détaillants du pays de réduire leur recours à ce produit miracle, les commerçants défendent les normes en vigueur.

L’huile de palme durable est une utopie. C’est en résumé l’argument des organisations caritatives Pain pour le prochain et Action de carême qui ont lancé lundi 4 septembre une pétition demandant aux détaillants suisses de réduire le nombre de produits contenant cette matière grasse, économique, neutre en goût et dont la durée de conservation est très longue. Actuellement, un produit sur six en contient dans les supermarchés suisses. Or lors de leurs voyages, les délégués de Pain pour le prochain et Action de carême ont constaté que la culture de la palme provoque la destruction de la forêt tropicale, des phénomènes d’accaparement des terres des populations locales et de violations des droits humains. Des observations également partagés par les organisations locales.

Même la certification RSPO (Table ronde pour une huile de palme durable) s’avère inefficace. «Les critères de certification sont trop vagues et les contrôles trop lâches», analysent les deux organisations.

Mardi, la pétition a passé la barre des 5000 signatures. «Un succès», selon Tiziana Conti, chargée de relations médias à Action de carême. Malgré cette pression, les commerçants restent très attachés aux huiles de palme certifiées. «La stratégie de Coop ne s’appuie pas sur un renoncement de principe à l’huile de palme, mais sur l’utilisation d’huile de palme durable», rétorque Andrea Bergmann, porte-parole de l’entreprise. «Depuis 2004, Coop a été membre de la RSPO et nous sommes également actifs dans l’intensification des exigences de durabilité», insiste-t-elle avant de conclure «Aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative, qui a les mêmes propriétés en matière de durabilité, de traitement technique, d’économie et de santé.»

Du côté de Migros, la porte-parole Aurélie Deschenaux estime que «cette campagne se trompe de cible». Elle précise: «Selon Migros, la seule issue sensée est la culture durable des palmiers à huile. C’est pourquoi, depuis 16 ans, Migros s’approvisionne uniquement auprès de sources durables qu’elle contrôle chaque année. Grâce à cet engagement, Migros a obtenu les meilleures notes au classement sur l’huile de palme du WWF et se retrouve propulsée dans le peloton de tête des 137 entreprises qui ont participé à ce sondage.»

Denner, qui ne prend pas position sur la pétition, met également en avant l’important recours à des huiles certifiées pronée par l’entreprise. D’ici 2022, l’entier des huiles de palme utilisées dans la fabrication des produits vendus chez ce détaillant devrait être certifié.

Par ailleurs, Aurélie Deschenaux soulève un autre problème: «Le passage à d’autres huiles ne peut constituer une solution sur le long terme, car les problèmes environnementaux ne feraient qu’être déplacés. Si l’on remplaçait l’huile de palme par d’autres plantes oléagineuses, cela nécessiterait que l’on cultive des zones beaucoup plus grandes, et ce, avec les répercussions environnementales négatives que cela implique. L’huile de palme a en effet un excellent rendement par m2. Avec ses 3,7 tonnes d’huile par hectare, cette plante est environ 3 fois plus productive que le colza et 5 fois plus que le soja.» L’entreprise s’appuie notamment sur les chiffres d’une étude du WWF

Aldi et Lidl font référence à la même enquête. La porte-parole d’Aldi Noémie Perrier précise toutefois: «Pour ce qui est des articles à faible quantité en huile de palme, nous sommes déjà passés aux huiles alternatives pour certains d’entre eux ces dernières années.» Même démarche chez Lidl: «Nous sommes en train d’examiner la substitution de l’huile de palme par d’autres huiles végétales. Pour certains corn-flakes de notre marque par exemple, nous avons réussi à remplacer l’huile de palme par de l’huile de tournesol ou de colza. Nous nous efforçons en permanence de trouver d’autres produits où cela est possible.» 

Mais déjà au début du carême, lors du lancement de la campagne œcuménique sur l’accaparement des terres, les spécialistes de Pain pour le prochain et Action de carême avaient rappelé qu’alors que d’autres huiles peuvent être produites un peu partout, la palme ne peut être cultivée que dans une zone réduite en Malaisie, Indonésie et Papouasie–Nouvelle-Guinée. L’utilisation intensive de l’huile de palme par des entreprises internationales met donc sous pression les populations de ces régions.