«Il faut changer les mentalités au niveau individuel et agir de manière concrète et locale»

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Satish Kumar © Patrick Gilliéron Lopreno / Réformés.ch

«Il faut changer les mentalités au niveau individuel et agir de manière concrète et locale»

26 février 2018
Entretien
Ancien moine jaïniste, écrivain, professeur, activiste politique, écologiste: Satish Kumar a plusieurs cordes à son arc. Il était de passage en Suisse, invité par les œuvres d’entraide Pain pour le Prochain et Action de Carême dans le cadre de leur nouvelle campagne axée sur le thème de la transition.

En quoi consiste ce que vous appelez «la grande transition»?

Il s’agit d’un véritable mouvement de société qui se développe tout autour du monde. Des millions de personnes y participent: des écologistes, des activistes des droits de l’homme, des agriculteurs, etc. Certains pratiquent cette transition sans même s’en rendre compte! L’idée que nous défendons est celle de changement: nous devons modifier notre manière de vivre, de consommer, de travailler, de produire. Pour y parvenir, je pense qu’il faut changer les mentalités au niveau individuel et agir de manière concrète et locale. Trop souvent, on s’imagine que les changements interviennent quand les gouvernements agissent. Je n’y crois pas trop. C’est aux acteurs de la société, aux citoyens d’agir pour changer les choses. Je suis un adepte du bottom up!

Vous ne parlez donc pas seulement de problèmes écologiques…

La grande transition concerne l’environnement dans tous ses aspects. Il ne s’agit pas seulement de soutenir l’écologie, mais de promouvoir aussi une société plus égalitaire et une meilleure justice sociale. Tous ces éléments relèvent de ce que j’appelle «la transition externe».

Il y a donc également une transition interne ou intérieure?

Oui. C’est la transition psychologique et spirituelle. Travailler moins, gagner moins, et passer plus de temps à méditer et cultiver son jardin, c’est très important.

Vous vous opposez à la globalisation… N’est-ce pas un peu utopiste?

Tout dépend de ce qu’on entend par globalisation. Je suis en faveur de la globalisation de la compassion, de l’amour et de la justice. Mais quand on parle d’économie, je pense qu’il faut favoriser la dimension locale. La globalisation économique contribue clairement à la destruction de l’environnement. Les régions se spécialisent beaucoup trop au niveau de la production et cela se fait au détriment des compétences locales. Je ne me considère pas comme un utopiste. Je ne suis pas un puritain qui veut vivre dans un monde parfait. Je ne crois pas vraiment qu’il y a un but à atteindre, une destination finale. Je pense plutôt que la transition s’inscrit dans un processus continu et qu’on avance lentement, pas à pas. 

Avez-vous en tête quelques exemples de transitions?

On en trouve partout et dans le monde entier. Le film «Demain»développe d’ailleurs de nombreuses pistes. Près de chez moi, à Totnes dans le Devon, des personnes âgées partagent leur jardin potager avec des jeunes. On échange des compétences contre de la force de travail. Il y a aussi des projets à l’échelle nationale. Le Bhoutan et son indice de «bonheur national brut» (qui remplace le PIB, ndlr) par exemple. Il y a aussi le cas du Danemark où plus de 40% de la production électrique provient d’une énergie renouvelable: l’éolien.

Pourtant si on reprend votre dernier exemple, l’énergie renouvelable produite au Danemark est faite par des entreprises privées qui comptent réaliser des profits…

Oui, vous avez raison, mais il ne faut pas être trop étroit d’esprit. Même si à mes yeux, le fait qu’une entreprise fasse du business avec des énergies renouvelables n’est pas idéal, je me dis qu’elle ne le fait pas avec les énergies fossiles et c’est déjà une victoire!

Et vous personnellement comment vivez-vous cette transition au quotidien? Vous avez dû prendre un avion pour venir en Suisse non? Cela n’est pas très bon pour votre empreinte écologique…

En effet, mais on peut aussi considérer que je partage mon empreinte carbone avec les Suisses qui ont assisté à ma conférence! Pour le reste, je vis simplement. Je donne des conférences. J’écris des livres. Je reste très impliqué dans les enseignements au Collège Schumacher, et je cultive mon jardin qui me permet de produire légumes, patates et fruits nécessaires à mon alimentation.