Les pérégrinations d’un Messie traqué

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Les pérégrinations d’un Messie traqué

6 décembre 2017
Selon l’Evangile de Matthieu, Noël n’est pas un doux poème. Le Christ, d’origine pauvre, et sans défense, échappe à la persécution du tyran Hérode par une série de discrètes interventions divines.

Situant d’emblée le récit d’enfance dans l’ensemble de l’Evangile de Matthieu, Ulrich Luz souligne que «le conflit inégal entre le roi Hérode, brutal et violent, et l’anti-roi d’Israël, Jésus, non violent, se poursuit tout au long de l’Evangile. Dans ce récit, le plan perfide d’Hérode est déjoué par la stratégie de Dieu, qui agit au travers des mages et de Joseph».

La visite des mages à Jésus – illustres savants étrangers au monde juif – suggère que le contraste entre les deux rois, le tyran et l’enfant, pourrait s’inverser. Alors que le règne brutal d’Hérode est local, le Messie jouit dès sa naissance d’une reconnaissance internationale. Cet «Evangile en miniature», comme aime à le dire le professeur, ne fait qu’initier la migration de Jésus, qui «n’a pas où poser la tête» (Mt. 8,20) tout au long de sa mission itinérante. La faiblesse du Messie culmine dans le drame de la crucifixion: «La protection de Jésus n’a pas lieu comme on l’attend. La force de Dieu ne se révèle clairement que dans la Résurrection, après la Passion.»

Le secret dessein de Dieu

«L’évangéliste Matthieu décrit sans exaltation l’itinérance juvénile de Jésus. Le sauvetage de l’enfant par Dieu s’opère de manière sobre, en ne concédant que peu d’espace aux manifestations surnaturelles», admet l’expert. Les moments de joie intense – par exemple, celle des mages à la vue de l’astre – ne sont que des étincelles jalonnant un parcours difficile, qui comporte aussi des égarements. Au début de l’histoire, les mages cherchent Jésus à la mauvaise place: chez Hérode.

Selon ce récit, la guidance de Dieu ne supprime ni les dangers, ni la précarité, ni les fatigues, ni les hésitations, ni les faux pas. Nous ne savons souvent pas comment Dieu nous guide, et la foi consiste à reconnaître son dessein caché.

Une responsabilité dans le monde

Ulrich Luz souligne que Jésus est faible, mais qu’il n’est pas un homme ordinaire: «Il est un modèle, du moins pour les chrétiens». Et l’Evangile de Matthieu clarifie la position des croyants à son égard: «le disciple n’est pas au-dessus de son maître» (Mt. 10,24). Les chrétiens, et particulièrement ceux qui ont des responsabilités dans le monde, en politique ou en entreprise, «ne doivent donc jamais être des avocats du capital, de la guerre ou de la croissance sans limites, mais des avocats des faibles et des petits dans le monde».

Le récit biblique

Le deuxième chapitre de l’Evangile de Matthieu narre une intrigue politique. Le roi Hérode, connu pour sa cruauté, est informé par des mages venus d’Orient de la naissance d’un "roi des Juifs".

Il le considère aussitôt comme un rival à éliminer. Il tente en vain de le localiser grâce à ces mages, guidés par une étoile vers l’enfant à Bethléem. Mais ces derniers, ayant honoré le Messie de leurs présents, lui font faux bond.

Furieux, Hérode ordonne le massacre de tous les enfants de Bethléem, mais il est trop tard: divinement averti en songe, Joseph a fui en Egypte avec sa famille. L’enfant divin est sauf.