Bienvenue dans l'ère du butinage spirituel

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Bienvenue dans l'ère du butinage spirituel

La Réforme initiée il y a cinq siècles par Martin Luther était guidée par les éclairés de l’Eglise et les élites politiques, alors que la réforme actuelle émane du peuple et implique l’ensemble des religions. Par Gilles Bourquin et Christophe Monnot.

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Nous vivons aujourd’hui une réforme inédite, indépendante des institutions religieuses. Il y a cinq siècles, les individus ont ressenti la Réforme protestante comme une libération. Mais selon le mouvement initié par Martin Luther, la théologie et l’académie demeuraient la référence des idées du peuple.

Luther voulait que la religion soit régulée par l’institution. A l’origine, il ne souhaitait pas créer une nouvelle Eglise, mais réformer celle qui existait. L’hyper-individuation des croyances, qui est l’aboutissement actuel de la Réforme, n’en est qu’un effet involontaire. Les Européens vivent une radicalisation de la liberté chrétienne, bien au-delà de celle qui était voulue par les Réformateurs. En 1960, 98 % de la population suisse était soit catholique soit protestante, alors qu’aujourd’hui, seuls 38 % sont catholiques et 27 % protestants ; 14 % appartiennent à diverses religions et 21 % sont distancés de toute appartenance religieuse.

Chacun de nous vit avec la diversité des origines ethniques et religieuses des citoyens. Même pour celles et ceux qui restent partiellement affiliés aux institutions chrétiennes, on assiste à un brassage spirituel. Dans l’esprit religieux actuel, Jésus devient cogénérateur d’énergie spirituelle avec Bouddha, au-delà de toute frontière confessionnelle.

Ce ne sont donc pas seulement les idées de la Réforme de Luther qui sont supplantées, mais l’organisation du pouvoir capable de les diffuser dans la société. Dans cette Europe où se croisent une multitude d’origines culturelles et religieuses, une autorité spirituelle ne peut plus s’imposer seule.

Une forme de relativisme intériorisé et spiritualisé tend à se généraliser. Les réseaux sociaux permettent la diffusion d’idées qui transforment complètement les liens des individus aux institutions. Ces derniers «butinent» leurs croyances dans la pluralité des traditions disponibles pour s’en approprier des bribes. La réforme actuelle est donc menée par des individus qui communiquent et recomposent continuellement leurs philosophies de vie. Cette situation nouvelle voit émerger, à la frontière des Eglises traditionnelles, de nouvelles formes de christianisme qui correspondent mieux aux attentes des individus.