De Bèze, l’architecte du calvinisme

Théodore de Bèze / ©Domaine public (Wikimedia Commons)
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Théodore de Bèze
©Domaine public (Wikimedia Commons)

De Bèze, l’architecte du calvinisme

Succession
Successeur du réformateur de Genève, Théodore de Bèze transforme la pensée de Calvin en un système. Au risque de la caricature.
Dieu est totalement libre de destiner certains hommes au salut, pour manifester sa miséricorde, et les autres à la damnation, pour manifester sa justice. Décision prise de toute éternité, par décret divin.
Théodore de Bèze (1519-1605)

C’est une des figures les plus importantes du protestantisme dans la génération qui suit Luther, Zwingli et Calvin: Théodore de Bèze occupe un rôle de premier plan dans la mise en place doctrinale et institutionnelle de la Réforme après la disparition de Calvin.

Né à Vézelay dans l’Yonne en 1519, de Bèze se forme en langues anciennes et en droit avant de mener à Paris l’existence d’un jeune et riche lettré. Mais c’est en lisant un traité de Heinrich Bullinger, le disciple de Zwingli à Zurich, qu’il «connaît la vraie piété», selon ses propres termes. Il adhère alors à la Réforme, ce qui l’oblige à quitter la France en 1548. Il s’établit d’abord à Lausanne comme professeur de grec. Profondément marqué par Calvin, il finit par le rejoindre à Genève en 1558 et en devient le disciple le plus influent.

Traduction biblique fondatrice

Par l’envergure de sa personnalité, Théodore de Bèze joue pendant près de cinquante ans un rôle prépondérant dans l’Europe réformée. Il est l’auteur de 400 ouvrages, et également poète à ses heures; c’est un traducteur infatigable de la Bible (ses remarques sur le texte fonderont la dogmatique réformée du siècle suivant) et un prédicateur à succès.

Il succède à Calvin comme modérateur de la Compagnie des pasteurs et, dans son enseignement, rationalise l’héritage intellectuel de son maître. Sa Confession de foi chrétienne, écrite au départ pour prouver à son père qu’il n’est ni hérétique ni impie, connaît un retentissement majeur dans le monde réformé.

Double prédestination

En particulier, de Bèze théorise la doctrine calvinienne de la prédestination. Calvin avait écrit: «Dieu a déterminé ce qu’il voulait faire de chaque homme: il ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à l’éternelle damnation.» De Bèze en fait un système: tout ce qui se passe dans le monde est un effet de la volonté absolue, éternelle et immuable de Dieu, qui détermine tant le cours de l’histoire que nos existences individuelles, décidant à l’avance que certains seraient sauvés et d’autres damnés. C’est la «double prédestination», une conception déterministe de la vie qui risque de soustraire toute liberté à la personne.

Mais Théodore de Bèze est aussi un acteur de premier plan dans la diplomatie européenne: d’abord dans la dispute avec la pensée luthérienne, mais aussi à l’échelon politique. Le roi de France Henri IV s’inquiétait ainsi de ses critiques. Car après le massacre des protestants de la Saint-Barthélemy, de Bèze s’attaque à la monarchie absolue et défend l’intérêt supérieur du peuple. Un intérêt qui doit, selon lui, être défendu les armes à la main, s’il le faut.

Et comme si rien ne pouvait ébranler ce grand réformateur à Genève, on dit qu’il aurait traversé la nuit de l’Escalade en 1602 (il avait 83 ans) en dormant paisiblement…

Sépulture dans la ville

A la différence de Calvin, inhumé dans une fosse commune, Théodore de Bèze reçoit une tombe en 1605. Elle se situe à l’intérieur de la cité, et non pas dans le cimetière de Plainpalais, alors hors de l’enceinte fortifiée. On craignait que les Savoyards profitent de l’enterrement en dehors des murs, et donc d’une ville dépeuplée (puisque toute la population voulait faire un dernier adieu à ce grand homme), pour attaquer Genève, comme ils l’avaient fait en décembre 1602, durant l’Escalade.