L'aumônier dévoile les enjeux cachés et complexes de la vie militaire

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L'aumônier dévoile les enjeux cachés et complexes de la vie militaire

Chronique
Dimitri Andronicos, théologien et éthicien s'interroge sur le rôle et la fonction de l'aumônier militaire.

Dans le contexte militaire, la tendance naturelle serait de s’en remettre à un ensemble de règles et de codes de conduite. Il serait pratique, à l’image du changement de statut du citoyen devenant soldat de milice, de laisser ses habitudes critiques au vestiaire. La vie en caserne encourage ce réflexe par l’abondance de règlements.

le respect des règles

Tout a été pensé d’avance. Les journées s’enchaînent et les procédures s’alignent : marcher, saluer, nettoyer, courir, tirer, manger, porter un obus, tout cela sous la pression d’un horaire stricte et d’un règlement plus rigide encore. L’engourdissement de la conscience s’opère d’autant plus facilement que le projet global de l’armée a une finalité potentiellement destructrice, et
forcément moralement ambivalente. Il s’agit de protéger le pays, certes, mais une arme reste une arme, et l’existence même
de l’armée rappelle le soldat à ce que la condition humaine peut avoir de plus violent et de négatif.

L’aumônier doit raviver des valeurs positives
Dimitri Andronicos

L’aumônier est le répondant éthique du militaire en caserne. Il assume une part de la condition paradoxale du soldat: faire le bien, en servant son pays, pour un mal, la guerre restant une éventualité. Tout conflit armé potentiel a besoin d’une certaine légitimité, et il se peut que le soldat de milice suisse soit en droit de demander pourquoi il consacre une partie de sa jeunesse à ce projet. Et pour cela, mener un débat sur la «guerre juste» – les règles de conduite morale qui définissent les conditions d’une guerre comme moralement acceptable –, serait peut-être trop abstrait lorsque l’on se penche véritablement sur les enjeux éthiques de la vie en caserne en temps de paix.

Ce n’est pas forcément là que l’aumônier peut amener une véritable plus-value. L’importance de son intervention provient d’une acuité particulière sur les enjeux cachés et complexes de la vie militaire. Il faut être sensible à la violence symbolique que vit chaque citoyen soldat, dépossédé de lui-même, avec le risque de s’y perdre. Le risque serait de s’en remettre à la violence, celle du groupe, de l’exclusion, de la concurrence. C’est pourquoi l’aumônier ne peut pas justifier la violence par un mal pour un bien. Il se doit plutôt de raviver un ensemble de valeurs positives et constructives.

Reconnaître la faiblesse

L’attitude juste de l’aumônier sera, en premier lieu, le respect de la faiblesse des uns et des autres, et une reconnaissance pour ce qui est donné, que ce soit un été, ou une part de sa jeunesse. Peut- être que cette reconnaissance ne se fera pas au nom de la guerre ou de la nation, mais au nom du soin que nous nous devons les uns aux autres dans une situation difficile, souvent non souhaitée.

Pour que la caserne ne soit pas un camp de violence réelle et légitime, l’aumônier explore le décor, cherche le bourreau et la victime, et demande, au nom de Dieu, à tous pardon pour ce que nous y sommes appelés à vivre. Un pardon pour cette condition humaine qui demande la guerre, pour le sacrifice symbolique d’une jeunesse prête à mourir pour autrui, sans le savoir ni le vouloir. Il s’agira donc de mobiliser tout un ensemble de vertus, faites de bienveillance et de douceur, où le courage ne sera pas de braver les coups, mais d’en préserver autrui.