«l'Église n’a pas réussi à protéger les enfants des abus»

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Justin Welby © RNS/AP Photo/Alastair Grant

«l'Église n’a pas réussi à protéger les enfants des abus»

9 avril 2018
L’archevêque de Cantorbéry souhaite que l’Église développe de nouvelles forces pour lutter contre les abus sexuels sur les enfants dans les milieux ecclésiaux. (Source RNS / Catherine Pepinster)

L'archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, a déclaré dans le cadre d'une commission nationale investiguant sur les abus sexuels sur mineurs que son Église n'en avait pas fait assez dans la lutte contre ce problème. À la tête de l'Église d'Angleterre et de la Communion anglicane, Justin Welby - lui-même critiqué pour sa manière d'avoir géré les cas d'abus - a informé la commission, le mercredi 21 mars, que l'Église avait besoin de nouvelles forces afin de protéger les enfants.

Il a raconté que la confrontation avec des témoignages de rescapés était particulièrement difficile parce que l'Église avait été défaillante face aux victimes abusées par des prêtres anglicans. «On remarque une farouche et atroce volonté de détourner le regard de certaines choses qui s’empirent et détruisent complètement des êtres humains pour le reste de leur vie», a constaté Justin Welby.

Il est le témoin le plus médiatisé jusqu’à présent à prendre la parole dans l'enquête indépendante sur les abus sexuels envers les enfants. Une commission a été chargée par le gouvernement britannique de mener une vaste recherche sur les défaillances de 13 institutions en Angleterre et au Pays de Galles. La comparution de l’archevêque a eu lieu lors d'un procès de trois semaines contre le diocèse anglican de Chichester où il y a eu plusieurs cas d'abus.

Etat d'alerte

Justin Welby a appelé à un état d'alerte intensifié sur l'abus sexuel. «Il faut que nous passions le message dans notre culture, si nous voyons quoi que ce soit d'inapproprié, chaque membre de l’Église, chaque personne au courant doit en prendre conscience et agir:».

D'après Graham Tilby, directeur national de la sauvegarde de l'Église d'Angleterre, qui a témoigné dans le cadre de l'enquête récente, il n’y a toujours pas de système en place pour s'assurer que les cas graves soient signalés à son équipe. «L’obligation de rapporter ce genre de délits est récente». Elle sert à s'assurer qu'il y ait «un acheminement des informations» de l'Église vers les autorités britanniques chargées de protéger les enfants.

La décision de la commission de se concentrer sur le diocèse de Chichester intervient au milieu d’une controverse sur la manière dont Justin Welby aurait géré un cas impliquant l'ancien évêque de Chichester, George Bell, accusé d'abus.

Les partisans de George Bell et d’autres personnes également affirment que les accusations portées contre lui manquaient de preuves. Une autre enquête datant de l'année dernière, autour du diocèse de Chichester et menée par Lord Alex Carlile, indiquait que l'Église anglicane s’était précipitée pour condamner George Bell, décédé en 1958. Mais Justin Welby a refusé de retirer sa déclaration selon laquelle un nuage planait sur le nom de George Bell, bien qu’il ait été un leader au sein de l’Église pendant la Seconde Guerre mondiale.

Soutenir les victimes

Lord Alex Carlile a prévenu que les procédures de l'Église anglicane étaient déficientes et ne prenaient pas entièrement en cause les droits de l'accusé. Mais lors du procès de la semaine dernière, Justin Welby a mis l'accent sur les victimes: «Lire les comptes rendus, les témoignages, rencontrer les survivants, c'est tellement atroce». La commission d'enquête est chargée d'examiner les accusations d'abus dans les foyers d'accueil, notamment ceux de personnes de notoriété publique, et ce, tant dans l'Église catholique romaine que dans l'Église anglicane.

David Greenwood, avocat représentant les victimes dans l'enquête, a affirmé que l'Église anglicane avait caché les abus. «On soupçonne une conspiration entre le clergé et les évêques dans le diocèse de Chichester pour permettre que les enfants subissent des abus». Le prédécesseur de Justin Welby, Lord Rowan Williams d'Oystermouth, a déclaré à la commission qu'il y avait des arguments de poids pour créer une instance de sauvegarde des enfants indépendante de l'Église d'Angleterre, qui a été «naïve et a manqué de discernement» par rapport aux abus du clergé.