Comment réussir la reconversion d'un bâtiment religieux

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La chapelle Regina Mundi de l’Université de Fribourg © Dirk Weiss

Comment réussir la reconversion d'un bâtiment religieux

4 septembre 2017
De plus en plus de temples, d’églises et de monastères se retrouvent inutilisés. Mais la réaffectation de ces édifices, fortement investis émotionnellement, génère de multiples difficultés. Dans le cadre de la Journée suisse du patrimoine religieux, le 25 août, un colloque à l’Université de Berne propose de décortiquer les différentes possibilités.

«La réaffectation d’un bâtiment religieux résulte toujours de difficultés financières, liées essentiellement à la diminution de nombre de personnes engagées dans les Eglises et à la fusion des paroisses», explique Johannes Stückelberger, organisateur d’un colloque sur la reconversion des bâtiments religieux. «A ce jour, plus de 200 temples, monastères et chapelles chrétiens ont été réaffectés en Suisse», ajoute l’historien de l’art, maître d’enseignement à la Faculté de théologie de l’Université de Berne. Et alors qu’il n’existe pas de procédures spécifiques pour donner une seconde vie à ces édifices délaissés, la réaffectation des lieux de culte est un long processus, fortement investi émotionnellement et impliquant plusieurs acteurs.

Pour faciliter ces reconversions, Johannes Stückelberger a créé en 2015 la Journée suisse du patrimoine religieux dont la deuxième édition se déroulera le 25 août prochain sous forme d’un colloque à Berne. «J’ai souhaité réunir les différents protagonistes engagés dans ces processus: les responsables de l’Etat, des paroisses et du service des monuments historiques afin qu’ils puissent discuter ensemble, car il y a souvent des malentendus.» En Suisse, ces édifices appartiennent la plupart du temps aux paroisses, sauf dans le canton de Vaud où ils sont majoritairement la propriété des communes ou du canton.

De multiples freins

La réaffectation de ce genre de lieu peut générer différentes difficultés. «S’il s’agit d’un édifice catholique, l’évêque doit autoriser sa sécularisation. Dans le cas de la chapelle Regina Mundi à Fribourg, l’évêque refusait de la désacraliser ce qui a profondément retardé sa reconversion», explique Johannes Stückelberger. «De plus, les paroissiens sont particulièrement attachés à l’église de leur quartier ou de leur village. La perspective d’une vente génère souvent de la tristesse et du mécontentement», ajoute Nathalie Annen, spécialiste de l’histoire de l’architecture en Suisse romande. Et parfois, c’est le service des monuments historiques qui s’opposent aux transformations. «C’est souvent difficile de ne pas dénaturer l’architecture, tout en rendant le bâtiment utile», précise l’étudiante en fin de Master à l’Université de Lausanne.

Parmi les cas de reconversion particulièrement réussie, Johannes Stückelberger cite le Temple de Saint-Luc, à Lausanne. «La paroisse s’est retirée et la ville a décidé de mettre ce lieu à disposition du public en le transformant en maison de quartier. Pour moi, c’est vraiment exemplaire de ne pas privatiser ces bâtiments et de les ouvrir à tout le monde». Etonnamment, la grande croix sur le toit a été maintenue. «Ce symbole a généré de longues discussions. Fallait-il le garder ou le supprimer? En tant qu’historienne de l’architecture, je trouve que les volumes extérieurs sont plus harmonieux avec et cela me paraît important de garder une trace du passé», relève Nathalie Annen qui souligne «qu’il serait utile d’avoir une marche à suivre générale pour ce genre de réaffectation, car la tendance montre que de plus en plus de bâtiments religieux vont se retrouver inutilisés».