Un groupe chrétien demande le retrait de la série «Thirteen reasons why»

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Un groupe chrétien demande le retrait de la série «Thirteen reasons why»

23 avril 2018
Polémique
Après le suicide de plusieurs adolescents qui ont regardé la série américaine «Thirteen reasons why», une association chrétienne tape sur la table. Elle demande à Netflix de retirer cette fiction qui semble idéaliser le suicide. (RNS / Mark A Kellner)

Une organisation chrétienne conservatrice a demandé au géant du streaming Netflix de retirer la série dramatique «Thirteen reasons why» («Treize raisons» en français, ndlr). Plusieurs adolescents se sont ôté la vie après avoir regardé la série. Selon les critiques, elle rendrait le suicide glamour. «Ce n'est pas une question partisane ou conservatrice. Il s'agit de s’interroger sur ce que nous montrons à nos ados», a expliqué Walker Wildmon, assistant du directeur de l'Association des familles américaines (AFA). Le groupe basé à Tupelo dans le Mississippi a lancé une pétition demandant l'annulation de la série et aurait récolté plus de 30'000 signatures.

Selon une lettre de l'AFA envoyée au président de Netflix, Reid Hastings, fin mars, «Anna Bright, 14 ans, d'Alabaster en Alabama, s'est suicidée le 18 avril 2017 après avoir regardé à la suite tous les épisodes de la série». Netflix, qui compte plus de 100 millions d'abonnés, n'a pas répondu à la demande de l'AFA lors de la publication de cette tragique histoire.

Nic Sheff, un des scénaristes, a défendu la représentation franche du suicide dans la série, qui entame sa deuxième saison. Autrefois suicidaire, Nic Sheff a expliqué n’être pas passé à l’acte, car il avait entendu une description explicite d'un suicide et en avait été dégouté. L’année dernière, il a d’ailleurs écrit dans le magazine Vanity Fair: «Il faut affronter ces questions de face, en parler ouvertement. Ce sera toujours le meilleur moyen pour éviter de perdre de nouvelle vie».

un énorme succès

Netflix ne dévoile pas les statistiques de ses émissions, mais le magazine consacré à l'industrie du divertissement Variety, a écrit que «Thirteen reasons why» avait généré onze millions de messages sur Twitter, faisant de cette série la plus tweetée en 2017. Selon la lettre de l'AFA, Anna Bright ne serait «pas la seule» à s'être suicidée après avoir regardé la série. «Bella Herndon et Priscilla Chiu, toutes deux âgées de 15 ans et originaires de Californie, ont mis fin à leur jour à peine quelques jours après avoir vu Hannah Baker, l’héroïne de la série se donner la mort». Le personnage d’Hannah Baker a 17 ans et c’est l'actrice Katherine Langford, âgée de 22 ans, qui l’interprète. Sa prestation a été nominée aux Golden Globe.

Netflix n'a pas répondu à la demande de commentaires de Religion News Service. Précédemment, la société avait déclaré qu'elle ajouterait des avertissements au début de la série et des ressources à la fin pour les spectateurs. «Thirteen reasons why» est basé sur un roman de Jay Asher, publié en 2008. Netflix a classé la série MA-17, c'est-à-dire réservée à un public adulte, dont les contenus ne conviennent pas aux personnes de moins de 17 ans.

Les médecins s’inquiètent

De nombreux rapports et études - dont un publié dans les Annales de médecine interne de l'Association médicale américaine - ont constaté une hausse des recherches sur internet pour savoir comment se suicider, après la première diffusion de la série. Dans l’édition d’octobre 2017 du journal de l'Association médicale américaine, un chroniqueur avait exprimé son inquiétude par rapport à la série. Il faisait également l’hypothèse que le succès de cette production pourrait encourager d’autres réalisateurs à créer des séries similaires.

L’article soulignait que «cette immersion dans l'histoire ainsi que les images peuvent avoir un effet très fort sur les adolescents, dont les cerveaux sont encore en train de développer la capacité d'inhiber de nombreuses émotions». Le groupe a demandé aux producteurs de bien respecter les «règles concernant les avertissements» pour le public.

Parallèlement, le psychologue Dan Reidenberg, de Bloomington au Minnesota, avait prévenu Netflix par rapport au fait qu'il ne fallait pas diffuser la série, peut-on lire dans un rapport publié en 2017 par le Post-Advance. Dan Reidenberg, directeur général des «Voix pour l'éducation et l'information sur le suicide», a expliqué que Netflix lui avait très clairement dit qu'il était impossible de l'annuler. De son côté, Walker Wildmon de l'AFA a souligné que la série était «très sombre, ciblant les adolescents. Elle glorifie le suicide. Nous essayons donc d’informer les adultes pour qu’ils surveillent ce que leurs enfants regardent».