Pour son repos éternel, le Suisse est plutôt classique

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Cimetière du Bois-de-Vaud à Lausanne © Keystone

Pour son repos éternel, le Suisse est plutôt classique

30 août 2017
Autrefois la norme, l’inhumation est désormais rare. Aujourd’hui, la tendance en matière d’obsèques va plutôt vers la crémation, le dépôt des cendres dans un jardin du souvenir et la cérémonie dans l’intimité.

Une entreprise grisonne propose de transformer le carbone issu de la crémation d’un corps en diamant souvenir. Une société française propose la dispersion des cendres dans l’espace, alors qu’un atelier de design espagnol propose une urne biodégradable dans laquelle se trouvent les graines d’un arbre prêt à naître en souvenir du défunt. En option, un capteur électronique peut se synchroniser avec un smartphone pour suivre le développement de la plante.

Le marché funéraire est-il en train de s’ouvrir aux modes et aux demandes originales? «Tous ces désirs particuliers ont un coût. Et aujourd’hui, les gens ont davantage envie de s’offrir un voyage ou une nouvelle télé, plutôt qu’une cérémonie fastueuse lors du décès d’un proche», analyse Pierre de Mestral des pompes funèbres Cassar, présentes dans plusieurs villes vaudoises. Ce professionnel avoue que la facture moyenne dans son entreprise a d’ailleurs plutôt tendance à baisser.

Si l’inhumation d’un corps est très réglementée: elle ne peut se faire que dans un cimetière, la crémation, elle, laisse pour ainsi dire toute liberté aux proches. Pierre de Mestral reçoit d’ailleurs de temps à autre des demandes particulières, mais rares sont les clients qui donnent suite. «Je n’ai jamais eu de telle demande, mais personnellement je déconseillerais de faire un diamant des cendres d’un proche. En portant tous les jours un tel bijou, vous ne sortez jamais du deuil», s’inquiète pour sa part Christian Ghielmetti, entrepreneur en pompes funèbres à Neuchâtel.

Il y a cinquante ans, lorsque survenait un décès, on contactait le prêtre ou le pasteur. Aujourd’hui, on contacte d’abord un médecin, puis les pompes funèbres
Philipp Messer, entrepreneur de pompes funèbres

Alors quelle est la tendance dans ce domaine? «La Suisse compte entre 60’000 et 65’000 décès par année. Et aujourd’hui, selon mon estimation, dans 90% les familles ont recours à la crémation», explique Philipp Messer, entrepreneur de pompes funèbres à Bienne et président de l’Association suisse des services funéraires. «Il y a cinquante ans, lorsque survenait un décès, on contactait le prêtre ou le pasteur. Aujourd’hui, on contacte d’abord un médecin, puis les pompes funèbres», explique le professionnel qui rappelle que l’Eglise catholique, notamment, a longtemps été opposée à la crémation.

«Les habitudes en matière d’obsèques sont très régionales», insiste Christian Ghielmetti. «Par exemple à Berne et dans de nombreuses régions de Suisse alémanique on procède à l’inhumation du corps avant la cérémonie du souvenir, alors qu’en Suisse romande on se recueille autour du cercueil du défunt», insiste-t-il. Les différents professionnels notent toutefois tous, qu'une part importante des cendres sont déposées au Jardin du souvenir – une urne commune pour les cendres. «C’est probablement lié à l’individualisation de la société. On consacre moins de temps à entretenir un lieu de recueillement», estime Philipp Messer

Une autre part importante des cendres sont reprises par la famille, souvent pour les rendre à la nature. La loi suisse laisse les familles très libres. «Il ne faut pas violer une propriété privée pour aller enterrer les cendres d’un proche dans un jardin potager, ou troubler l’ordre public en répandant des cendres dans un lieu public où cela pourrait choquer», souligne toutefois Philipp Messer. Mais pour Pierre de Mestral, «on peut par contre enterrer les cendres au pied d’un immeuble ou dans un bois même sans en être propriétaire. C’est un peu comme la cueillette des champignons, vous pouvez les ramasser même si vous ne possédez pas de forêt. Mais dans ce cas, je conseille toujours aux familles de verser les cendres dans la terre, sinon il y a toujours le risque que l’urne soit ensuite déterrée, par exemple quand un arbre se déracine.»

Dernière tendance dans les pratiques funéraires: la cérémonie dans l’intimité. C’est du moins ce que constate Christian Ghielmetti. «Depuis 15 ans, c’est énorme. Je ne tiens pas de statistiques, mais en zone urbaine je pense que l’on approche des 60% des cérémonies qui se déroulent avant que le faire-part mortuaire ne soit publié», estime-t-il. «De plus en plus, les défunts demandent que les familles ne fassent rien lors de leur décès. Mais moi j’insiste pour qu’il y ait quelque chose, sinon pour les proches, il est difficile de faire leur deuil.»