Eviter l'écueil de la compétition

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Gilles Bourquin © Réformés.ch

Eviter l'écueil de la compétition

Edito
le rédacteur en chef de la revue Réformés fait le tour des relations qu'entretiennent Réformés et Evangéliques et s'interroge. Une entente fraternelle est-elle possible au-delà des profondes divergences qu'entretiennent les deux courants?

Au sein du protestantisme, évangéliques et réformés ne manquent pas de compétences. Les réformés ont développé une intelligence théologique très poussée, fondée sur une analyse critique des Ecritures. De quoi donner le vertige à bon nombre d’évangéliques, qui y voient une remise en question des doctrines chrétiennes, néfaste pour la foi.

Pour leur part, les évangéliques, marqués par le pragmatisme anglo-saxon, ont acquis un sens pratique très prononcé de la vie d’Eglise. Ils parviennent à développer rapidement des communautés dynamiques. Ce don semble moins évident aux réformés, qui peinent à dépasser leur traditionalisme paroissial. Cet ancien modèle social contribue à les marginaliser dans nos sociétés organisées en réseaux délocalisés.

Savoir académique d’un côté, cultes modernes et foi émotionnelle de l’autre: tout porte à croire qu’en combinant soigneusement ces talents, on obtienne un protestantisme à la fois efficace et réfléchi. En réalité, rien n’est moins évident, car une part importante des convictions réformées et évangéliques ne sont pas compatibles.

En théologie, les évangéliques contestent la lecture historico-critique de la Bible des réformés, qui tend à nier la réalité des miracles. En sciences, les évangéliques remettent souvent en cause l’évolutionnisme darwinien, admis depuis plus d’un siècle par les réformés. En éthique, les deux courants divergent sur de nombreux points, dont la reconnaissance des minorités sexuelles.

Face à ces différences, trois attitudes coexistent : pour certains – appelons-les «œcuméniques» – l’unité «en Christ» doit l’emporter sur les désaccords idéologiques. Evangéliques et réformés doivent collaborer en évitant les sujets de discorde. Pour d’autres, la culture protestante de la «dispute théologique», héritée de la Réforme, devrait susciter des débats ouverts. Pour un dernier groupe, il n’y a pas d’entente possible : les deux courants sont en concurrence. Le protestantisme souffre des extrémismes qui en résultent de part et d’autre, alors qu’un vivre-ensemble, certes difficile, s’impose.