#BalanceTonHérode

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Hérode assiste au carnage (notre Dame de Paris) © CC Nicolas Vasse

#BalanceTonHérode

Chronique
Et si à l'instar d'un Harvey Weinstein, le roi Hérode était le parfait modèle d'abuseur, s'interroge Gilles Bourquin, co-rédacteur en chef du journal Réformés.

En cette fin d’année, les réseaux sociaux ont marqué l’actualité avec les hashtags #MeToo et son correspondant français #BalanceTonPorc. Les révélations en série d’abus sexuels en divers milieux, y compris religieux, ont renforcé l’image du mâle prédateur sexuel et de la femme victime muette. Quel rapport avec Noël?

Le roi Hérode, tel qu’il est décrit dans le récit de Noël de l’Evangile de Matthieu, est un parfait modèle d’abuseur, intimidant et brutal. Ce vassal des Romains persécute l’enfant Jésus dès sa naissance. A quand le hashtag #BalanceTonHerode, pour dénoncer les petits et grands tyrans (le féminin est plus rare mais existe aussi) qui empoisonnent la vie d’innombrables personnes, familles, entreprises, clans ou nations?

Une question intrigue: qu’est-ce qui conduit ce monarque mafieux à s’en prendre à un nouveau-né inoffensif de si humble condition? Des mages d’Orient lui ont annoncé sa naissance comme celle du «roi des Juifs». Hérode veut-il éliminer à moindres frais un futur rival, susceptible de lever un jour une armée contre lui? Je ne le crois pas.

L’explication est autre: la simple présence de cet enfant roi sans puissance trouble la conscience du despote. L’innocence de l’enfant Jésus le confronte à sa culpabilité d’homme ingrat. Pire, elle lui révèle une insupportable vérité: sa royauté n’est pas légitime car il abuse de sa fonction, il viole le droit des humains. Jésus n’exerce pas le jugement vengeur de Dieu: il est sans pouvoir politique, il ne juge personne et il est venu pour sauver. Sa seule présence provoque l’examen de soi des coupables, qui se condamnent eux-mêmes.

Hérode l’abuseur est donc, à sa façon, un des premiers croyants. Il a détecté la présence du Messie et il veut sa mort, car ce miroir l’insupporte. Il se distingue des croyants sincères en ce sens qu’il n’accepte pas le reflet que Jésus lui renvoie. Parfois, pourtant, nous lui ressemblons lorsque nous craignons d’être confrontés à nous-mêmes.