La Réforme, un message intemporel

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© Tony / Réformés - Le Journal

La Réforme, un message intemporel

16 octobre 2017
Chronique
Alors que le contexte spirituel a radicalement changé, Sarah Nicolet, pasteure à Delémont, explique pourquoi le cœur du message de la Réforme de Luther conserve sa valeur libératrice intemporelle.

Pendant de longues années, Martin Luther a vécu dans l’angoisse du jugement dernier. A une époque où les guerres et la peste rendaient la mort omniprésente, Luther, comme ses contemporains, était obsédé par la question du salut. Même s’il multipliait les pratiques ascétiques et se confessait sans cesse, il restait en proie au doute: en faisait-il assez pour échapper à la condamnation divine?

Mais un jour, le Réformateur fait une découverte qui change tout… En méditant un verset de l’épître aux Romains sur la «justice de Dieu» (Romains 1,17), Luther a soudain un déclic. Contrairement à ce qu’il a cru jusque-là, la justice de Dieu n’est pas le jugement que Dieu prononce à l’égard des humains mais c’est la justice que Dieu donne. Dieu rend juste celui ou celle qui reçoit sa justice. Luther change alors radicalement de point de vue: Dieu n’est plus le Dieu juge qui évalue chacun selon ses mérites, mais il est le Dieu d’amour qui sauve les humains gratuitement, sans condition. C’est le cœur de la doctrine de la justification par la grâce, une véritable délivrance pour Luther. Aujourd’hui, la menace de la damnation éternelle ne fait plus trembler les chrétiennes et les chrétiens

Sommes-nous pour autant libres? Si nous ne craignons plus les feux de l’enfer, nous sommes en revanche devenus experts à nous fabriquer nos enfers personnels. Se libérer de nos enfers Récemment, Nadia Bolz-Weber, célèbre «pasteure punk» américaine, mettait en garde contre la tentation contemporaine de vouloir sans cesse devenir une meilleure version de nous-mêmes, plus mince, plus performante, plus heureuse…

Cette pression à une amélioration constante de notre personne, loin de nous libérer, nous met en situation d’échec programmé. Jamais nous n’arriverons à atteindre notre moi idéal. Ainsi, dans notre monde moderne, nous ne nous sentons plus coupables face à Dieu, mais nous sommes désormais coupables face à nous-mêmes. Nous portons le poids de notre incapacité à devenir un ou une autre. C’est dans ce contexte que nous devons réentendre le message de Luther.

Dieu ne se soucie pas de notre moi idéal, ni de nos succès ou de nos échecs. Ce que Dieu cherche, c’est notre moi réel. Dieu nous rencontre dans notre authenticité et non dans une version idéalisée de nous-mêmes. C’est ce moi réel que Dieu aime sans condition par sa seule grâce. Nous, nous voulons être autres et nous nous condamnons nous-mêmes alors que Dieu nous reçoit tels que nous sommes et nous sauve de nos enfers.