Rendez-vous manqué avec l’enseignement des cultures religieuses

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© Istock / Martin Wimmer

Rendez-vous manqué avec l’enseignement des cultures religieuses

14 septembre 2017
Chronique
Noriane Rapin, pasteure-stagiaire à la paroisse du Coeur de la Côte réagit à la décision du Département vaudois de la formation, de la jeunesse et de la culture de supprimer les cours d'éthique et de cultures religieuses à l'école.

Dans le Canton de Vaud, le département de la formation, de la jeunesse et de la culture a annoncé son intention de supprimer le cours «Ethique et cultures religieuses» qui pourra cependant être distillé de façon ponctuelle par les enseignants qui le souhaitent. Pour Cesla Amarelle, la nouvelle cheffe du département, il n’y a aucune volonté de dénigrer ce cours. Elle confie à nos confrères du quotidien 24heures que la priorité va à la culture générale et au développement de l'esprit critique «pour réfléchir, comprendre le fait religieux et le juger». Mais n’était-ce pas justement le but de ces heures d’enseignement supprimées, s’interroge notre chroniqueuse?

En voilà une mesure ébouriffante: dès cette année, le cours consacré à l’éthique et aux religions va subrepticement disparaître des horaires scolaires, la branche étant désormais dispensée lors d’«activités ponctuelles» - une manière pédagogiquement correcte de qualifier ce qui deviendra un genre de sortie culturelle proposée par quelques rares enseignants entre les nettoyages de classes et les courses d’école de fin d’année... Qu’est-ce qui peut bien justifier la suppression de cette petite heure hebdomadaire, l’un des derniers garants de la culture religieuse dans ce canton? En vrac: la difficulté de parler d’un sujet réputé «sensible», le refus de certains enseignants à l’aborder, une formation jugée incomplète pour les plus anciens d’entre eux, l’impossibilité d’évaluer les élèves dans cette branche, quelques plaintes de parents et une grille horaire de plus en plus complexe à gérer.

Si les problèmes évoqués sont sans doute épineux, ils ne suffisent néanmoins pas à justifier une décision aussi irresponsable qu’anachronique. D’une part, les autres cantons romands, même les laïques Genève et Neuchâtel, ont fait le chemin inverse en renforçant cet enseignement depuis quelques années. D’autre part, je me réjouis déjà du moment où l’on supprimera les cours d’histoire sous prétexte que certains événements sont trop choquants pour les enfants, et que beaucoup parmi ces derniers sont issus de cultures ayant une conception de l’histoire mondiale trop différente de la nôtre pour qu’il soit possible de l’évaluer... 

Vous trouvez que j’exagère? Peut-être, mais à dessein. Il me paraît de plus en plus difficile d’ignorer que les religions représentent un enjeu majeur de notre temps, et que les adultes de demain n’auront jamais trop d’outils pour décrypter ce phénomène qui modèle notre société. Au cours des cinquante dernières années, le paysage religieux de notre pays s’est considérablement transformé. Dans les faits, l’intégration de tous les individus et leur coexistence pacifique ne va pas de soi: une étude de gfs.bern a montré que 11% des sondés faisaient preuve d’un antisémitisme stéréotypé, et 19% d’une islamophobie stéréotypée. Plusieurs votations au cours de ces dernières années ont eu pour objet l’islam, et certaines pratiques religieuses se retrouvent régulièrement au cœur des débats de société, à l’instar du voile, de la circoncision et de la viande kasher ou halal. 

Quel message fait-on passer si le religieux est ignoré dans les salles de classes? Où les élèves trouveront-ils des réponses équilibrées et réfléchies à leurs interrogations?
Noriane Rapin

Dois-je seulement évoquer l’importance du christianisme dans notre propre culture? Il n’est même pas question de croyances ou de rites à ce stade. Il s’agit simplement de comprendre pourquoi notre société s’organise comme elle le fait. On peut penser aux fêtes, au dimanche férié, à certaines positions éthiques qui prédominent, mais aussi et surtout au rapport même des occidentaux à la religion, profondément marqué par la tradition chrétienne et son évolution.

Une chose demeure certaine: la décision du Département vaudois de la formation, de la jeunesse et de la culture révèle une tendance inquiétante qui consiste à fantasmer la religion comme une croyance purement privée, sans incidence dans l’espace public. Cela révèle une conception de la laïcité biaisée. Quel message fait-on passer si le religieux est ignoré dans les salles de classes? Où les élèves trouveront-ils des réponses équilibrées et réfléchies à leurs interrogations? A l’heure d’internet, où circulent librement des informations parfois fausses et malveillantes, cette dernière question ne doit pas être négligée. La liberté de conscience, pour être vraie, nécessite des connaissances, ainsi que l’exercice d’une critique honnête et objective des religions. C’est le rôle de l’école que de garantir ces deux critères pour tous, et je ne vois pas ce qui pourrait la remplacer. Il serait grand temps d’abandonner les idéologies éculées, et de se confronter sérieusement à la réalité.