Réformés, ne renoncez pas à votre unique selling proposition!

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Réformés, ne renoncez pas à votre unique selling proposition!

28 septembre 2017
Chronique
Joël Burri, rédacteur responsable de Protestinfo invite les responsables réformés à valoriser leur héritage et leur théologie.

Lors d’un séminaire destiné à des étudiants internationaux dont je faisais partie quelque part en Suède au début des années 2000, la sociologue Grace Davie avait interrompu une discussion dans laquelle Américains et Européens peinaient à se comprendre. La vision de l’Eglise que l’on a suivant que l’on vient du vieux ou de l’ancien continent est totalement différente. «Aux Etats-Unis, il n’existe pas d’anciennes Eglises d’Etat qui font référence. Les Eglises vivent dans une situation de libre marché.»

Dix-sept ans plus tard, me voilà payé pour être un observateur privilégié de la vie des Eglises réformées romandes. Ce que je constate, c’est que ce rôle de référence que jouaient il y a peu les anciennes Eglises d’Etat a été largement mis à mal par la baisse de leur fréquentation. On se retrouve de plus en plus dans une situation de libre marché de l’offre religieuse, même si dans certains cantons l’Etat subventionne ou achète encore des services aux Eglises historiques, ce qui représente sans doute une distorsion de concurrence.

Recherche d'exclusivité

Voir sa clientèle vieillir et diminuer alors que celle des concurrents progresse n’est pas agréable. C’est ce qui arrive dans le grand marché protestant entre réformés et évangéliques. La crainte c’est qu’à ce rythme, les réformés n’existent bientôt plus! Du coup, les directions de ces entreprises ecclésiales recherchent de toute urgence un moyen de contrer les pertes de part de marché. Souvent, j’ai le sentiment que les stratégies employées relèvent de la copie de la concurrence, du benchmarking pour ne pas dire de la contrefaçon.

Pourtant pour vendre un produit, fut-il spirituel, ne faut-il pas commencer par mettre en avant son «unique selling proposition»? Ou argument de vente exclusif, pour les puristes. Vous savez, ce petit quelque chose que vous avez et que les autres n’ont pas. Personnellement, je continue à défendre l’idée qu’il faut retrouver la fierté de son identité réformée. Assumer le doute, avoir le goût de la réflexion, de la théologie, de l’individu, voilà des valeurs auxquelles j’adhère.

Pour «Nouvelle R», le sociologue des religions, Philippe Gonzalez avait souligné l’existence d’un mouvement «d’évangéliques qui rejoignent les réformés, soit parce qu’ils sont accidentés de la vie, divorcés par exemple, soit parce qu’ils souffrent de la méfiance envers les intellectuels qui subsiste dans certaines communautés évangéliques.» L’historien des religions Jean-François Mayer mettait lui en garde contre la tentation de pousser les courbes «à l’infini».

Un marché de niche

A en croire les chercheurs, le nombre de réformés devrait se stabiliser à 5%, 10% peut-être 15% de la société. Ce qui est sûr, c’est que ces réformés-là le seront par choix assumé. Il existe donc un marché de niche pour une Eglise qui assume une théologie intello, exigeante et ouverte comme unique selling proposition.

Peut-être que dans cette configuration-là, les réformés ne seront que rarement la première Eglise au sein de laquelle un fidèle vit sa foi. On y viendra après avoir été déçu par les autres acteurs du marché. Et c’est peut-être justement pour cela qu’il faut garder des places pour accueillir ces nouveaux clients.

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